MOTION 3 | CONGRÈS D’AUBERVILLIERS

  • suivre olivier Faure sur
  •  
  • Accueil
  • Olivier Faure présente son texte d’orientation

Olivier Faure présente son texte d’orientation

Lors du Conseil National du Parti Socialiste, le 27 janvier dernier, Olivier Faure a présenter le texte d’orientation « Socialistes, le chemin de la Renaissance »

Discours au Conseil National du Parti socialiste

Samedi 27 janvier 2018

Chers camarades,

Il y a beaucoup d’incertitudes dans nos coeurs de socialistes.

Tant d’interrogations sur notre capacité à nous relever, à nous redresser, à retrouver la confiance des français qui n’attendent plus de nous la solution de leurs problèmes.

Il y a beaucoup de doutes, mais il y a aussi cette volonté partagée par toutes et tous ici, de donner un avenir à ce que des millions de femmes et d’hommes ont porté avant nous.

Nous sommes socialistes et ce mot a un sens, les français lui associent toutes les grandes conquêtes sociales, la défense de l’idéal républicain, la défense de la laïcité, l’égalité des femmes et des hommes, l’émancipation individuelle par l’accès à la culture et l’éducation, les nouvelles libertés personnelles ou publiques….

Bref, ils savent ce qu’ils doivent au socialisme démocratique, mais ne voient plus ce qu’ils devraient encore attendre de nous. Nous sommes entrés dans les livres d’histoire, nos héros sont entrés dans le patrimoine national, mais nous ne sommes plus vus comme les porteurs d’une espérance.

Il est là l’enjeu de notre congrès. Les 3 années qui viennent doivent être celles de notre renaissance. Je suis candidat à cette renaissance. Je sais que nous en avons les ressources intellectuelles, militantes, organisationnelles. Je sais aussi que les discours ne suffisent plus, que le chemin sera long et qu’il supposera de notre part de profonds changements.

Pour sortir de l’ombre portée de notre défaite historique nous devons d’abord faire le bilan lucide et objectif de nos 5 dernières années. Bilan lucide et objectif, cela signifie appuyé sur l’évaluation de chercheurs, d’intellectuels, d’économistes qui eux n’auront pas la tentation de rejouer un match qui a duré 5 ans et que nous avons tous perdu.

Il faudra rompre avec nos mauvaises habitudes, restaurer une confiance, une ambiance, retrouver le goût de travailler ensemble. Retrouver l’envie de nous convaincre sans nous contraindre. Privilégier les idées aux postures. L’intérêt général aux positionnements tactiques permanents.

Cela fait trop longtemps que les seules batailles que nous gagnons sont des batailles contre nous-mêmes. Trop longtemps que l’égoïsme, l’égotisme, ont remplacé la solidarité entre nous.

Comment les français pourraient être bienveillants à notre endroit si nous sommes aussi malveillants envers nous-mêmes ?!

Je lis la presse et j’observe médusé et triste qu’il y a toujours quelques mauvais génies pour alimenter les thèses complotistes et repeindre en noir ce qui n’est déjà pas rose….

Tout ceci relève de l’anecdote, mais illustre une réalité : quelque chose ne tourne plus rond rue de Solférino.

Et le drame, c’est que la tête malade discrédite ce qui se passe sur nos territoires. C’est pourtant là que l’on continue à innover, à créer, inventer des solutions nouvelles.

A chaque déplacement, je découvre des initiatives qui ne demandent qu’à se généraliser.

A chaque rencontre, je fais la connaissance de camarades qui sont autant de ressources pour notre renouveau.

Alors ça doit changer !

Plus de décisions concernant les fédérations sans consultation préalable des 1ers fédéraux !

Plus de bureaux nationaux à huis clos mais des bureaux nationaux retransmis en direct dans les fédérations et permettant à nos cadres fédéraux d’interagir.

Plus de conseils nationaux où les représentants des régions viennent assister au spectacle donné par quelques initiés !

Il faut modifier de fond en comble notre parti.

Nous étions attachés à nos bâtiments du 10 rue de Solférino. Peut-être parce que nous avions fini par leur ressembler. Une grille à l’entrée et des blocs qui ne communiquent pas entre eux….

Avec tous les co-signataires du texte, nous prenons l’engagement d’un parti plateforme, ouvert sur la société, décentralisé, tourné vers la valorisation des initiatives territoriales et le soutien aux stratégies de reconquête locale.

Nous déploierons une nouvelle démocratie interne qui sollicite en permanence adhérents, militants et plus largement celles et ceux qui veulent nous accompagner dans notre refondation.

Ainsi, nous ouvrirons des chantiers répondant à tous les défis qui conditionnent la vie de nos concitoyens. Ces chantiers seront pris en charge chaque fois par une équipe plurielle ou une fédération.

Cette équipe recueillera les suggestions comme le Gouvernement l’avait fait pour le PJL République numérique. Cette équipe auditionnera toutes les voix signifiantes sur le sujet. Elle concevra ensuite avec nos réseaux de formateurs les outils permettant de former, notamment en ligne, nos militants sur les enjeux et sur l’impact des différentes solutions.

Assez de ces grandes messes où nous sommes appelés à trancher sans jamais mesurer les conséquences de nos choix ! A nous limiter à répondre oui ou non à des sujets complexes !

Sur chaque chantier seront soumis au vote des textes à option, associés à des scénarii.

Ces textes nous les soumettrons par le biais d’une plateforme numérique à nos militants et toutes celles et ceux qui veulent partager notre réflexion et nos propositions.

C’est ainsi que nous reconstruirons notre audience et élargirons notre réseau.

C’est ainsi que nous dirons aux français, mois après mois, que le parti socialiste peut redevenir le débouché politique de leurs revendications et de leurs espoirs.

Ils nous croient morts, montrons leurs que nous sommes vivants !

Ringardisons ces mouvements qui se disent du nouveau monde mais qui tournent le dos à toutes les innovations démocratiques pour leur préférer la pensée d’un seul, la décision d’un seul, le pouvoir d’un seul.

C’est ainsi que nous affirmerons, mois après mois, ce que nous sommes.

Rien ni personne n’a jusqu’à présent remplacé l’idée socialiste. Ni en France, ni ailleurs. Aucune des visions du monde qui prétendent lui succéder, libéralisme autoritaire, populisme protestataire, nationalisme identitaire ne constituent un substitut aux objectifs et aux réponses socialistes.

Il y a bien eu en mai l’illusion d’une offre renouvelée. Nombre d’électeurs de gauche ont cru au soir du 7 mai s’endormir avec Mendès, ils se sont depuis réveillés avec Giscard.

Les sondeurs avaient anticipé la victoire de la droite à la présidentielle, ils avaient raison. C’est bien elle qui a gagné et qui mène la politique qu’elle souhaitait mener. (Ordonnances sur la loi travail, flat tax et baisse de l’ISF, CSG pour les retraités, baisse des APL pour les locataires, fin des emplois aidés pour les chômeurs de longue durée, tri dans les centres d’accueil pour les exilés…)

Quelles sont les mesures qu’Edouard Philippe n’aurait pas mises en oeuvre comme 1er Ministre d’Alain Juppé ?

Voilà donc notre responsabilité. Être une alternative crédible. Viendra le moment où, notre peine purgée, les Français se tourneront à nouveau vers la gauche. Ils ne chercheront plus seulement à exprimer leur colère mais à trouver une offre politique qui permette de remplacer le pouvoir actuel. À ce moment-là, nous devrons être prêts.

C’est pour cela que tout dépend de nos propres valeurs, de notre propre stratégie, en bref de nous-mêmes, et non pas de discuter d’alliances qu’il faudrait mendier sans autre espoir que de devenir une force supplétive.

Nous ne sommes pas coincés sur notre droite ou notre gauche. Nous ne sommes pas un espace déterminé par Macron et Mélenchon, nous sommes les socialistes. Notre vocation est de retrouver celles et ceux qui nous ont quittés parce qu’ils ne percevaient plus notre utilité.

La renaissance c’est donc d’abord nous réorganiser, nous affirmer, c’est aussi nous rassembler.

Chacun dans cette salle a son histoire, son parcours, ses affinités. Personne n’ignore l’utilité des débats. Mais aucun ne mérite une guerre de tranchée, encore moins la guerre de Cent ans.

Il y a des divisions dont nous aurions été mieux inspirés en programmant leur obsolescence…

Le moment est venu du dépassement. Face à un pouvoir qui prétend dépasser le clivage gauche-droite, pouvons-nous sereinement continuer à dire que le rassemblement des socialistes est impossible ?

C’est cet état d’esprit nouveau que je veux porter avec l’ensemble des signataires de ma motion dans le congrès et après le congrès.

Je conclus, chers camarades.

Vous êtes venus aujourd’hui parce que vous avez le souci de notre parti. Vous êtes venus parce que vous êtes socialistes et que vous entendez le rester. Vous êtes venus parce que vous êtes prêts à vous battre pour protéger cette idée.

Je suis venu vous dire que je suis prêt à me battre avec vous. En première ligne. À reprendre l’étendard. Je suis prêt à porter et à incarner cette renaissance. Je suis prêt à bâtir avec vous le nouveau parti que nous impose ce moment historique.

À vous maintenant de donner de la force à ce projet. Nous en avons la volonté, il y aura un chemin ! Ce chemin sera celui de notre renaissance !

Partagez !