MOTION 3 | CONGRÈS D’AUBERVILLIERS

  • suivre olivier Faure sur
  •  
  • Olivier Faure

    " Accueil des réfugiés : la politique exige de la clarté. Du courage aussi."

A la veille de la présentation du projet de loi Asile immigration, au moment où le Conseil d'Etat est saisi de la circulaire Collomb sur les opérations de tri dans les centres d'hébergement, je souhaitais recueillir le témoignage de celles et ceux qui œuvrent pour l'accueil et l'insertion des exilés.

Ce fut d'abord à la Croix Rouge de Bobigny la rencontre des personnels qui prennent en charge les mineurs non accompagnés (MNA).Derrière les sigles impersonnels, derrière le qualificatif de "migrants", on finirait par oublier que ce sont des êtres humains dont on parle ; que s'agissant des "MNA" ce sont encore des enfants attendant leur mise à l'abri. Ils sont là dans ce centre à raconter leur histoire, leur parcours du combattant, leur voyage qui a duré des mois, parfois des années pour rejoindre au péril de leur vie ce pays,le nôtre, qu'ils aimaient avant même de le connaître. Au dire de leurs enseignants (nombreux bénévoles), ce sont des enfants avides de progresser, concentrés dans leur apprentissage, soucieux de trouver leur place.

Ce sont les départements comme celui de Seine-Saint-Denis, dirigé par Stéphane Troussel qui m'accompagnait, qui supportent pratiquement seuls le poids financier de cette prise en charge

Poids d'ailleurs inégal selon les collectivités locales. Il est urgent que l'Etat vienne relayer financièrement les conseils départementaux tant les flux sont appelés à croitre. Les phénomènes migratoires sont devant nous. Tant que la faim, la soif, la guerre, la prévarication, pousseront, y compris des enfants isolés, à prendre le chemin de l'exil, il faudra apporter une réponse humaine. Tant que l'aide au développement demeurera insuffisante, tant qu'elle n'atteindra pas ses bénéficiaires, tant que la bataille contre le réchauffement climatique ne sera pas gagnée, il y aura des réfugiés qui fuiront le désert ou la misère. Tant que certaines régions du monde connaitront le chaos, il y aura des boat people pour traverser les mers et les frontières.

L'après-midi, je me suis rendu avec Christine Revault d'Allones, députée européenne, Gilles Maurice Bellaïche et Sandrine Bernard élus du Val de Marne, au Centre d'hébergement d'Ivry sur Seine. Accompagné de Bruno Morel, directeur général d'Emmaus Solidarité, j'ai échangé avec les personnels de ce centre exemplaire voulu par la commune de Paris dirigée par Anne Hidalgo dont il faut saluer la détermination. L'originalité et la force de ce Centre est de proposer une approche globale, concentrant en son sein des pôles permettant les soins physiques et psychologiques, l'accueil des enfants avec une école (actuellement 120 enfants), l'accompagnement juridique des
demandeurs d'asile, la découverte de notre culture...

Entre bungalows en bois et yourtes en toile, on tente ici de réparer des familles traumatisées par les souffrances subies, dans leur pays d'origine, puis sur le chemin qui les a conduits en France. Qu'ils viennent d'Afghanistan, du Sud Soudan ou d'Erythrée, tous les parcours se ressemblent. Pillages, tortures, esclavage, viols... Une majorité de femmes ont été violées au cours de leur voyage! Voilà pourquoi la distinction habile du gouvernement entre "migrants relevant du droit d'asile" et "migrants économiques" est une ineptie. Ce sont des corps identiquement brisés, humiliés et vulnérables qu'il faut relever.

Après avoir licencié les emplois aidés, voilà que le gouvernement exige maintenant des associations comme Emmaüs qu'elles réduisent leurs coûts en limitant leur "prestation" à de l'hébergement. Toujours cette vision comptable de court terme qui ignore à la fois tout humanisme et rend impraticable toute intégration. Il y a parmi ces exilés des médecins, des ingénieurs, des boulangers, des agriculteurs qui pourraient faire notre richesse et nous les considérons comme un "stock" dont il faudrait se limiter à gérer les flux d'entrants et de sortants !

Il est temps d'en finir avec la lepénisation des esprits. Cela fait trop longtemps que la peur l'emporte sur la raison. La vérité c'est que nous n'accueillons même pas "notre part de la misère du monde". Nous devons rompre avec cette logique du soupçon qui consiste à imaginer derrière chaque réfugié un délinquant ou un terroriste. La vérité c'est que les arrivées sur notre sol sont relativement
constantes et qu'il n'y a pas d'"appel d'air". La vérité c'est que les accords de Dublin sont inopérants et contre-productifs. Inopérants parce que le nombre de reconduites égale le nombre d'arrivées. Contre-productifs parce que le critère administratif l'emporte sur les capacités d'intégration. Pourquoi renvoyer un francophone en Italie? Pourquoi rapatrier en France un exilé dont les attaches familiales sont en Allemagne? etc. La vérité c'est qu'à force de renoncement nous avons fini par appeler "jungle" des lieux où ce sont pourtant des êtres humains qui jouent leur destin.

En écrivant ces lignes je sais que je m'expose aux critiques et aux incompréhensions. Aussi nombreuses que violentes. Mais il est un moment où les consciences muettes deviennent des lâchetés. La politique exige de la clarté. Du courage aussi. Je ne pensais pas qu'un jour être simplement humain exigerait du courage.